Le Bernin Éditions Macula

Le Bernin


Le Bernin est, dans l”histoire de l’art, le premier architecte dont l’importance ne peut se comprendre qu’à bien saisir le travail parallèle du sculpteur – le plus grand du siècle. Sculpture et architecture opèrent ici pour une même fin : l’investissement passionné du spectateur en tant qu’enjeu et moteur de l’œuvre.

L’art baroque qui s’invente dans l’éclair blanc de l’Apollon et Daphné ou dans l’extase convulsive de la Sainte Thérèse se dilate bientôt à l’échelle d’une ville et d’une foi avec la colonnade de la place Saint-Pierre, le Baldaquin et la Cathedra.
Intime d’Urbain VIII, disciple des jésuites, porté, exalté par l’esprit de la Contre-Réforme, le Bernin donne à celle-ci ses monuments les plus fastueux.
Howard Hibbard (1928-1984) était professeur d’histoire de l’art à l’université Columbia. Il a publié de nombreux travaux sur l’art italien des XVIe et XVIIe siècles – notamment Carlo Maderna and Roman architecture, 1580-1630 (1972), Michelangelo (1975) et Caravaggio (1983).


Journal de voyage du Cavalier Bernin en France


Le 2 juillet 1665, Bernin, 67 ans, familier des rois et des papes, arrive à Paris auréolé d’une gloire immense. Fréart de Chantelou, 56 ans, est chargé de l’accompagner et de le servir. C’est un gentilhomme de grande culture, parlant italien, ami et collectionneur de Poussin. Pendant cinq mois, il va noter jour après jour les faits et gestes de son hôte.
Nous voyons Bernin aux prises avec Colbert, luttant contre la cabale des architectes français, s’acharnant à séduire un Louis XIV de 27 ans fasciné par sa propre image. Il lui promet « le plus grand et le plus noble palais d’Europe » et s’écrie, dès leur première rencontre : « Qu’on ne me parle de rien qui soit petit ! »

Chantelou nous conte par le menu les deux grandes affaires du voyage : le palais et le buste du roi. Bernin dessine quatre projets pour le Louvre. Nous assistons à toute l’entreprise – du plan à la première pierre. Son monument ne sera pas construit mais, de Hampton Court au palais royal de Stockholm, il influencera l’Europe pendant un siècle par le truchement de la gravure.
L’exécution du buste, telle que Chantelou nous la décrit, est un véritable traité de sculpture baroque : premiers crayons sur le vif (« pour s’imprimer le visage du roi dans l’esprit »), choix du bloc, ébauche… Puis vient, avec une virtuosité stupéfiante, l’attaque directe du marbre, poussée « jusqu’à la sueur » et au-delà…
Le Journal nous offre un éclairage précieux sur les mécanismes de la décision et sur les pratiques de la société de Cour – société d’influence où d’intenses rivalités s’affrontent sous le vernis d’une langue à l’économie sans pareille.