Ut musica poesis Éditions Macula

Ut musica poesis


Sous la direction de Nathalie Koble et Amandine Mussou
Avec les contributions de Vincent Barras, Camille Bloomfield, Vincent Broqua, Fériel Kaddour, Abigail Lang, Benjamin Lazar, Sylvie Lefèvre, Michèle Métail, Xiaoxun Lyu, Emmanuel Rubio, Mireille Séguy, Mathias Sieffert, Agathe Sultan, Gaëlle Théval et Marion Uhlig

Cet ouvrage met en évidence des filiations peu connues entre les corpus poétiques médiévaux et les avant-gardes poétiques de la fin du XXe siècle. Il réunit dix-huit médiévistes et contemporanéistes qui proposent d’approfondir l’histoire de la poésie visuelle et sonore et s’ils vous parleront certes de poésie, ils évoqueront aussi la musique et les partitions, parleront de typographie comme de tissage, de géométriques comme d’algorithmiques, de cartes comme de rouleau, de bibliophilie comme de médecine.

L’ouvrage, précédé d’une généreuse introduction, est organisé en trois chapitres. Le premier se concentre sur la poésie visuelle, dans la longue durée et sur les différents supports accueillant de multiples jeux de lettres, de formes, de formats et de signes qui font de la poésie un terrain. d’expérimentations graphiques. Les auteurs évoquent notamment les oeuvres typographiques et tissées de Josef et Anni Albers, les dessins, rébus et calligrammes des copistes médiévaux ou le brocard de soie brodé par la poétesse chinoise du IVe siècle Su Hui qui a inspiré de nombreuses oeuvres ultérieures.

Le second chapitre explore conjointement la façon dont la poésie, de l’époque médiévale à l’extrême contemporain vit hors du livre, transite par les voix et les corps, et la manière dont les supports (manuscrits, livres, revues, rouleaux, partitions, disques, cassettes…) gardent la mémoire et la trace de ces performances.

Enfin, le troisième chapitre confronte deux opéras récents qui s’emparent de légendes attachées à des troubadours et font littéralement revenir deux poètes médiévaux sur le devant de la scène : L’Amour de loin de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho sur un livret d’Amin Maalouf et Written on skin de George Benjamin et Martin Crimp.

Follement inventif et joyeusement imagé, ce livre fait voler en éclats les frontières entre le médiéval et le contemporain, entre les supports oraux ou écrits. Il est particulièrement destiné à tous les ceux qui, de près ou de loin, s’intéressent à la poésie et à ses expressions.

Nathalie Koble est médiéviste, traductrice et poète. Elle est professeure de langue et de littérature françaises à l’École normale supérieure (Paris) et à l’École polytechnique (Palaiseau). Ses travaux d’écriture portent sur la littérature courtoise poésie et fictions) et sur la mémoire du Moyen Âge dans la littérature et la création contemporaines.

Amandine Mussou est maîtresse de conférences en langue et littérature françaises médiévales à l’Université Paris Cité et membre du CERILAC. Spécialiste de littérature courtoise, elle s’intéresse aux rapports entre savoirs et fiction au Moyen Âge, à l’écriture allégorique et a notamment travaillé sur l’oeuvre d’Évrart de Conty, poète et médecin de la fin du XIVe siècle.


Élégies documentaires


« Partout il faut lire » dit Muriel Pic, mais si « la vérité est toujours en ruines », alors c’est dans ses traces qu’il faut s’aventurer. Ce qui est visé, à partir de ces traces, c’est un art documentaire, une « expérience lyrique, atmosphérique, élémentaire ». La liberté est prise d’une fiction qui s’en va à partir de restes et de poussières. L’archive devient le matériau du poème, mais « il n’est pas d’art documentaire sans chant de deuil ». Ce chant se déploie en trois parties : un montage qui conduit de l’utopie totalitaire – le centre de vacances nazi de l’île de Rügen – à l’utopie manquée d’un rêve mellifère en Palestine, puis à l’utopie anéantie d’une organisation spatiale entée sur les étoiles chez les Indiens de la Plaine. À chaque fois c’est « l’œil vivant du passé » qui nous regarde, consumant l’avenir.

Muriel Pic est critique littéraire, traductrice de l’allemand et écrivain. Elle a publié plusieurs essais sur Henri Michaux, W. G. Sebald et a traduit Walter Benjamin. Ses recherches (critique et poétique) sont toujours fondées sur des archives. Docteur de l’EHESS, elle est professeur de littérature française à l’université de Berne.